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Le Queyras, les cols et ce qu'ils font au corps

L’Izoard à vélo depuis Guillestre : 15 km, la Casse Déserte et le vent

Avatar de Ulysse Fantin-Abrard

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Le col de l’Izoard se grimpe depuis Guillestre par une route qui commence en douceur avant de se cabrer dans les derniers kilomètres. Quinze kilomètres séparent le centre de Guillestre du sommet, pour un dénivelé qui avoisine 1 000 mètres. Ce n’est pas le versant le plus dur des Hautes-Alpes, mais c’est l’un des plus complets : forêt, village, alpage puis relief lunaire de la Casse Déserte, jusqu’au col lui-même.

Le profil, de Guillestre à Arvieux

Les premiers kilomètres sortent de Guillestre en faux-plat, longent la vallée du Guil puis grimpent doucement jusqu’à Arvieux. Sur cette portion, la pente moyenne reste raisonnable et les jambes ont le temps de s’installer sur un rythme régulier avant les rampes plus sérieuses. Le village d’Arvieux, avec ses hameaux dispersés sur le versant, marque la vraie bascule : la route quitte le fond de vallée et attaque franchement le flanc de la montagne vers le col de l’Izoard.

Passé Arvieux, la pente se durcit nettement jusqu’à Brunissard, dans une succession de virages en sous-bois qui offrent un peu d’ombre en plein été. C’est la portion la plus régulière de la montée, celle où l’on peut caler un rythme de pédalage constant sans être surpris par une rampe. Le choix des couches vestimentaires compte déjà ici : la fraîcheur du sous-bois contraste avec le soleil qui frappe dès la sortie de la forêt vers l’alpage.

Un col partagé avec la route et le hameau

Arvieux et Brunissard se trouvent aux portes du parc naturel régional du Queyras, un territoire où les hameaux et les alpages restent l’activité dominante malgré la route qui les traverse. En pleine saison, la circulation automobile et les groupes de motards se mêlent aux cyclistes sur une chaussée à double sens, souvent étroite dans les virages qui suivent Arvieux. Se signaler avant un dépassement, rouler le plus près possible de l’accotement dans les lacets et anticiper les véhicules qui remontent en sens inverse limitent le risque sur ce tronçon partagé avec la circulation.

Les troupeaux qui pâturent sur les alpages autour de Brunissard traversent parfois la route sans prévenir, un réflexe à garder en tête au moment où la fatigue commence à réduire la vigilance. Le calme relatif de ce versant, loin des grands axes des Hautes-Alpes, reste l’un des attraits du parcours : mieux vaut le préserver en respectant le rythme du hameau plutôt qu’en cherchant à s’y imposer à vélo.

La Casse Déserte, dernier acte

Après Brunissard, le paysage change radicalement : la forêt cède la place à un décor de pierres dressées et d’éboulis clairs, la Casse Déserte. C’est le tronçon le plus exposé au vent et au soleil, sans un arbre pour couper l’un ou l’autre. La pente y reprend de la vigueur au moment même où l’organisme commence à fatiguer après plus d’une heure d’effort continu depuis Guillestre.

La Casse Déserte est aussi le passage le plus identifiable du versant, avec ses cheminées rocheuses qui rappellent un relief lunaire plus qu’alpin. Le col de l’Izoard, à 2 360 mètres selon les repères de l’article de référence sur ce col, apparaît peu après, marqué par sa stèle et son panorama sur les sommets du Queyras et du Briançonnais. La montée cumule ainsi un peu plus de mille mètres de dénivelé pour quinze kilomètres, une ascension de fond plutôt qu’un mur brutal.

Une route ouverte une partie de l’année seulement

Le col de l’Izoard ferme chaque hiver sous la neige et ne rouvre qu’après le déneigement complet du printemps, une contrainte qui vaut pour la plupart des grands cols alpins de cette altitude. La fenêtre praticable à vélo se limite donc à la belle saison, et encore faut-il composer avec une météo de montagne changeante même en plein été. Les bulletins de Météo-France sur ce secteur des Hautes-Alpes signalent régulièrement des orages d’après-midi qui montent vite depuis la vallée du Guil.

Partir tôt le matin reste la meilleure protection contre ce risque : la Casse Déserte, totalement dégagée, expose au vent et à l’orage sans aucun abri sur plusieurs kilomètres. Un ciel qui se charge côté Briançon en début d’après-midi est un signal à prendre au sérieux, quitte à écourter la sortie avant le sommet plutôt que de s’exposer sur ce terrain minéral et venteux.

Ce qu’on emporte pour les quinze kilomètres

L’eau est le point sensible de ce versant : entre Guillestre et le col, les points de ravitaillement se comptent sur les doigts d’une main, et aucun n’existe passé Arvieux. Deux bidons pleins au départ ne sont pas un luxe, surtout par forte chaleur, quand la réverbération sur les pierres de la Casse Déserte ajoute encore à la sensation de chaleur ressentie en plein effort.

Le vent qui balaie le haut du versant justifie d’emporter un coupe-vent léger, même en plein été : la température chute nettement dès qu’on quitte l’abri de la forêt, et la descente qui suit refroidit vite un corps couvert de sueur. Une chambre à air de rechange et un multi-outil complètent l’équipement minimal, la route étant peu fréquentée en dehors des mois de juillet et août.

La descente, l’autre moitié de l’effort

Redescendre l’Izoard vers Guillestre demande autant d’attention que la montée : la chaussée, exposée au gel l’hiver, garde des irrégularités dans plusieurs virages de la Casse Déserte, et le vent latéral peut déséquilibrer sur les portions les plus dégagées. Freiner tôt avant les virages serrés, plutôt que de compter sur un freinage tardif, préserve autant les jantes que la trajectoire choisie dans la descente.

La vitesse acquise dans le sous-bois entre Brunissard et Arvieux invite à rester vigilant aux intersections de hameaux, où des véhicules agricoles ou des piétons peuvent surgir sans visibilité totale. Cette descente, qui ramène en une vingtaine de minutes ce qui a demandé plus d’une heure à la montée, mérite la même concentration que celle mobilisée pour une séance d’entraînement en altitude bien menée.

Tronçon Repère Caractère de la pente
Guillestre – Arvieux fond de vallée, faux-plat régulière, modérée
Arvieux – Brunissard sous-bois, virages plus soutenue, ombragée
Brunissard – Casse Déserte sortie de forêt la plus dure du versant
Casse Déserte – col de l’Izoard relief minéral, exposé vent et soleil directs

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